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Musique

Publié le mardi 28 janvier 2003

:: Mardi 28 janvier 2003 ::
Soldes! Au secours!


Malencontreusement, un peu par curiosité et par obligation, je me suis retrouvée sur le boulevard Haussmann, près des galeries lafayettes et du printemps. Je vois d'abord une foule dense qui marche tout doucement (tiens, que se passe-t-il, pourquoi sont-ils si lents, on est à Paris, oui ou non?). Bon, j'essaye de m'infiltrer, laborieusement, c'est très difficile de passer les barrages de sacs du printemps (soi dit en passant, d'une couleur gerbante). (Quelle est la différence entre les galeries lafayettes et le printemps. Il y en a un des deux qui tourne avec la même pouf (qui, je crois est l'une des plus belles poufs du monde) depuis des années pour ces affiches (qui me donnent envie de vomir).

Et puis vraiment parce que je dois me trouver une paire de chaussures et que oui, je n'ai pas beaucoup de sous. Je me dis, tiens, là où je ne vais jamais, il y a peut-être des chaussures pas mal, donc j'entre dans le temple de la consommation. Ce fut une expérience inoubliable. J'ai cru qu'elles étaient hypnotisée ou somnambules, à marcher comme ça les bras en avant, les yeux qui roulent dans leurs orbites.

Quelle hystérie! Ces femmes qui se précipitent, les bras chargés de sacs, tâter de l'étoffe. Le bras en avant, les yeux hagards, elles n'ont plus qu'une idée en tête essayer, toucher, palper. "Ouh, c'est de la bonne qualité!" "oh! regarde; ça me va bien, non?". J'imagine, ce qu'elles pensent:"il me le faut, il me faut ce foulard."

Faîtes attention, car si vous lui prenez le foulard des mains, à l'instant où elle se dit qu'elle sera plus heureuse avec, je garantis soit une crise d'hystérie,(madame va taper des pieds et se rouler parterre) soit, un regard à vous statufier, et peut-être même, un étripement, là, oui là, sous l'étalage des foulards en simili soie, fabriqués à Taiwan.

Elles ne voient plus qu'à 20 cm d'elles, ( c'est ce qui s'appelle réduire son horizon, non?) et comme elles tracent au sol des courbes sinusoïdales, attirées d'une marchandise à l'autre, ce n'est pas évident, de les éviter. Alors, quand j'en ai percuté deux, trois dans ma trajectoire, j'en ai eu marre et hop, j'ai presque couru jusqu'à la sortie.

Au secours! mais qui sont ces femmes, de quelle planète viennent-elles? Vous en connaissez?

Alors, les soldes, jamais! Espérons, qu'il ne pleuve pas trop, pour le confort de mes petits pieds.
Pour illustrer mon propos, des extraits des écrits corsaires de Pasolini, qui évidemment, le dira mieux que moi: houp houp, là, nitz!!!!(c'est de l'alsacien, ça ne veut rien dire)



"...Une grande œuvre de normalisation parfaitement authentique et réelle est commencé et- comme je le disais- elle a imposé ses modèles : des modèles voulus par la nouvelle classe industrielle qui ne se contente plus d'un "homme qui consomme" mais qui prétend par surcroît que d'autres idéologies que celle de la consommation sont inadmissibles..."(Pier Paolo Pasolini, Ecrits Corsaires, p. 28).

" C’est quoi, la culture d’une nation ?, se demande Pasolini, l’air de rien, en juin 1974. " D’habitude, on croit, même chez les personnes intelligentes, que la culture d’une nation est la culture des scientifiques, des hommes politiques, des professeurs, des fins lettrés, des cinéastes, etc. Et donc qu’elle est la culture de l’intelligentsia. En fait, ce n’est pas du tout ça. Ce n’est pas non plus la culture de la classe dominante, qui, justement, à travers la lutte des classes, cherche à l’imposer au moins formellement. Ce n’est pas plus la culture de la classe dominée, c’est-à-dire la culture populaire des ouvriers et des paysans. La culture d’une nation est l’ensemble de toutes ces cultures de classes : c’est la moyenne de toutes. Elle serait complètement abstraite si elle n’était pas directement reconnaissable - ou pour le dire mieux, visible - dans le vécu et dans l’existence, et si elle n’avait pas, en conséquence, une dimension pratique. Pendant longtemps, en Italie, ces cultures ont pu être distinguées, même si elles ont été unies par l’Histoire. Aujourd’hui, distinction sociale et unification historique ont laissé la place à une homologation entre toutes les classes. "

" En revanche, le nouveau fascisme, la société de consommation, a profondément transformé les jeunes; elle les a touchés dans ce qu'ils ont d'intime, elle leur a donné d'autres sentiments, d'autres façons de penser, de vivre, d'autres modèles culturels. Il ne s'agit plus, comme à l'époque mussolinienne, d'un enrégimentement superficiel, scénographique, mais d'un enrégimentement réel, qui a volé et changé leur âme. Ce qui signifie, en définitive, que cette " civilisation de consommation " est une civilisation dictatoriale. En somme, si le mot de " fascisme" signifie violence du pouvoir, la " société de consommation " a bien réalisé le fascisme. " Écrits corsaires de Pier Paolo Pasolini

" Je suis profondément convaincu, disait-il, que le vrai fascisme est ce que les sociologues ont gentiment nommé "la société de consommation", définition qui paraît inoffensive et purement indicative. " Ce " nouveau fascisme " était pour lui plus déstructurant, même, que l'ancien, dans l'uniformisation intériorisée par ses victimes.

" vision infernale ".


:: Sacha 2003-01-28 05:41:49 [Permalien] ::
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